La branche des seigneurs de Grignols qui nous intéresse commence
avec Hélie Ier de Talleyrand, apanagé de la seigneurie de
Grignols, en sa qualité de troisième fils d’Hélie
V ,comte de Périgord, vers l’an 1199.
Le petit-fils d’Hélie Ier, Hélie de Talleyrand, deuxième
du nom, est confirmé dans sa seigneurie de Grignols par son cousin
Archambault III, comte de Périgord. L’an 1277, Hélie II épouse
Agnès, fille et héritière d’Olivier, seigneur de Chalais
; celle-ci lui apportera le château et les terres de Chalais.
Le fils d’Hélie II et d’Agnès, Raymond Ier, qui vivait
encore en l’an 1341 s’intitule sire de Grignols et de Chalais .
L’arrière petit-fils de Raymond Ier, François Ier de
Talleyrand est le premier à s’intituler Seigneur de Grignols et
Prince de Chalais (vers 1399). Par ce titre de « prince » il
faut entendre « princeps », « le premier ».
Sous les mêmes désignations se succèdent 5 générations,
jusqu’au jour où, en septembre 1613, le roi Louis XIII érige
en comté la terre et châtellenie de Grignols et simultanément
en marquisat la terre et seigneurie d’Excideuil. Ceci permit au bénéficiaire,
Daniel de Talleyrand de se dire « prince de Chalais, comte de Grignols,
marquis d’Excideuil , baron de Beauville et de Mareuil et autres lieux
(dont Beauséjour).
De l’incontestable Daniel de Talleyrand descendent et parfois se mêlent,
la branche aînée des princes de Chalais, plus tard ducs de
Périgord, éteinte dans les mâles en 1883 avec le dernier
prince de Chalais, la 2ème branche des Talleyrand-Périgord
d’où descendent le Prince de Talleyrand, les ducs de Talleyrand,
les ducs de Dino, les ducs de Valençay, les ducs de Montmorency,
les princes et ducs de Sagan, éteinte dans les mâles en 1968
et enfin la branche cadette des barons de Talleyrand, également
éteinte.
Le Château de Chalais, en Charente, fut la demeure de la famille
des Talleyrand-Périgord, princes de Chalais du début du 14ème
siècle jusqu’en 1883 . Si l’image de ce château demeure encore
vivante de nos jours, on le doit à Charles-Maurice de Talleyrand
Périgord qui y passa trois années de sa vie, de 1758 à
1760, auprès de son arrière-grand’mère, la princesse
de Chalais, cette petite fille de Colbert qu’il admirait profondément.
En quelques pages émues, au début de ses Mémoires,
il relate cette période heureuse de son enfance en évoquant
les charmes de son séjour à Chalais.
……..« On vint me prendre pour m’envoyer en Périgord
chez madame de Chalais, ma grand’mère qui m’avait demandé.
Quoique madame de Chalais fut ma bisaïeule; il a toujours été
dans mes habitudes de l’appeler grand’mère; je crois que c’est parce
que ce nom me rapproche davantage d’elle.
…..On me mit, sous la garde d'une excellente femme nommée
mademoiselle Charlemagne, dans le coche de Bordeaux, qui employa dix-sept
jours à me conduire à Chalais. Madame de Chalais était
une personne fort distinguée; son esprit, son langage, la noblesse
de ses manières, le son de sa voix, avaient un grand charme. Elle
avait conservé ce qu'on appelait encore l'esprit des Mortemart ;
c'était son nom. Je lui plus; elle me fit connaître un genre
de douceurs que je n'avais pas encore éprouvé. C'est la première
personne de ma famille qui m'ait témoigné de l'affection,
et c'est la première aussi qui m'ait fait goûter le bonheur
d'aimer. Grâces lui en soient rendues !... Oui, je l'aimais beaucoup
! Sa mémoire m'est encore très chère. Que de fois
dans ma vie je l'ai regrettée ! Que de fois j'ai senti avec amertume
le prix dont devait être une affection sincère trouvée
dans sa propre famille. Quand cette affection est près de vous,
c'est dans les peines de la vie une grande consolation. Si elle est éloignée,
c'est un repos pour l'esprit et pour le cœur, et un asile pour la pensée.
Le temps que j'ai passé à Chalais a fait sur moi une
profonde impression. Les premiers objets qui frappent les yeux et le cœur
de l'enfance déterminent souvent ses dispositions, et donnent au
caractère les penchants que nous suivons dans le cours de notre
vie.
Dans les provinces éloignées de la capitale, une sorte
de soin que l'on donnait à la dignité, réglait les
rapports des anciens grands seigneurs qui habitaient encore leurs châteaux
avec la noblesse d'un ordre inférieur et avec les autres habitants
de leurs terres. La première personne d'une province aurait cru
s'avilir, si elle n'avait pas été polie et bienfaisante.
Ses voisins distingués auraient cru se manquer à eux-mêmes,
s'ils n'avaient pas eu pour les anciens noms une considération,
un respect, qui, exprimés avec une liberté décente,
paraissaient n'être qu'un hommage du cœur. Les paysans ne voyaient
leur seigneur que pour en recevoir des secours et quelques paroles encourageantes
et consolatrices, dont l'influence se faisait sentir dans les environs,
parce que les gentilshommes cherchaient à se modeler sur les grands
de leur province.
Les mœurs de la noblesse en Périgord ressemblaient à
ses vieux châteaux; elles avaient quelque chose de grand et de stable;
la lumière pénétrait peu, mais elle arrivait douce.
On s'avançait avec une utile lenteur vers une civilisation plus
éclairée.
La tyrannie des petites souverainetés n'existait plus; elle
avait été détruite par l'esprit chevaleresque, par
le sentiment de galanterie qui, chez les peuples du Midi, en fut la suite,
et surtout par l'accroissement du pouvoir royal qui s'était fondé
sur l'émancipation des peuples.
Quelques vieillards dont la carrière de cour était
finie, aimaient à se retirer dans les provinces qui avaient vu la
grandeur de leur famille. Rentrés dans leurs domaines, ils y jouissaient
d'une autorité d'affection que décoraient, qu'augmentaient
les traditions de la province et le souvenir de ce qu'avaient été
leurs ancêtres. De cette espèce de considération, il
rejaillissait une sorte de crédit sur ceux qui se tenaient près
de la faveur. La Révolution même n'est pas parvenue à
désenchanter les anciennes demeures où avait résidé
la souveraineté. Elles sont restées comme ces vieux temples
déserts dont les fidèles s'étaient retirés,
mais dont la tradition soutenait encore la vénération.
Chalais était un des châteaux de ce temps révéré
et chéri. Plusieurs gentilshommes d'ancienne extraction y formaient
à ma grand'mère une espèce de cour qui n'avait rien
de la vassalité du XIIIème siècle, mais où
les habitudes de déférence se mêlaient aux sentiments
les plus élevés. M. de Benac, M. de Verteuil, M. d'Absac,
M. de Gourville, M. de Chauveron, M. de Chamillard, se plaisaient à
l'accompagner tous les dimanches à la messe paroissiale, remplissant
chacun auprès d'elle des fonctions que la haute politesse ennoblissait.
Auprès du prie-Dieu de ma grand'mère, il y avait une petite
chaise qui m'était destinée.
Au retour de la messe, on se rendait dans une vaste pièce
du château qu'on nommait l'apothicairerie. Là, sur des tablettes,
étaient rangés et très proprement tenus de grands
pots renfermant divers onguents dont, de tout temps, on avait la recette
au château; ils étaient chaque année préparés
avec soin par le chirurgien et le curé du village. Il y avait aussi
quelques bouteilles d'élixirs, de sirops, et des boîtes contenant
d'autres médicaments. Les armoires renfermaient une provision considérable
de charpie, et un grand nombre de rouleaux de vieux linge très fin
et de différentes dimensions.
Dans la pièce qui précédait l'apothicairerie,
étaient réunis tous les malades qui venaient demander des
secours. Nous passions au milieu d'eux en les saluant. Mademoiselle Saunier,
la plus ancienne des femmes de chambre de ma grand'mère, les faisait
entrer l'un après l'autre: ma grand'mère était dans
un fauteuil de velours; elle avait devant elle une table noire de vieux
laque; sa robe était de soie, garnie de dentelles; elle portait
une échelle de rubans et des nœuds de manches analogues à
la saison. Ses manchettes à grands dessins avaient trois rangs :
une palatine, un bonnet avec un papillon, une coiffe noire se nouant sous
le menton, formaient sa toilette du dimanche, qui avait plus de recherche
que celle des autres jours de la semaine.
Le sac de velours rouge galonné d'or, qui renfermait les
livres avec lesquels elle avait été à la messe, était
porté par M. de Benac, qui, par sa bisaïeule, était
un peu de nos parents. Mon droit me plaçait auprès de son
fauteuil. Deux sœurs de la charité interrogeaient chaque malade
sur son infirmité ou sur sa blessure. Elles indiquaient l'espèce
d'onguent qui pouvait les guérir ou les soulager. Ma grand'mère
désignait la place où était le remède; un des
gentilshommes qui l'avaient suivie à la messe allait le chercher
; un autre apportait le tiroir renfermant le linge: j'en prenais un morceau,
et ma grand'mère coupait elle-même les bandes et les compresses
dont on avait besoin. Le malade emportait quelques herbes pour sa tisane,
du vin, des drogues pour une médecine, toujours quelques autres
adoucissements, dont celui qui le touchait le plus était quelque
bon et obligeant propos de la dame secourable qui s'était occupée
de ses souffrances.
Des pharmacies plus complètes et plus savantes employées
même aussi gratuitement par des docteurs de grande réputation,
auraient été loin de rassembler autant de pauvres gens, et
surtout de leur faire autant de bien. Il leur aurait manqué les
grands moyens de guérison pour le peuple: la prévention,
le respect, la foi et la reconnaissance.
L'homme est composé d'une âme et d'un corps, et c'est
la première qui gouverne l'autre. Les blessés sur la plaie
desquels on a versé des consolations, les malades à qui on
a montré de l'espérance sont tout disposés à
la guérison; leur sang circule mieux, leurs humeurs se purifient,
leurs nerfs se raniment, le sommeil revient et le corps reprend de la force.
Rien n'est aussi efficace que la confiance; et elle est dans toute sa plénitude,
quand elle émane des soins d'une grande dame autour de laquelle
se rallient toutes les idées de puissance et de protection.
Je m'arrête probablement trop sur ces détails, mais
je ne fais point un livre; je recueille seulement mes impressions; les
souvenirs de ce que je voyais, de ce que j'entendais dans ces premiers
temps de ma vie sont pour moi d'une douceur extrême. « Votre
nom, me répétait-on chaque jour, a toujours été
en vénération dans notre pays. Notre famille, me disait-on
affectueusement, a été de tout temps attachée à
quelqu'un de la maison... C'est de votre grand-père que nous tenons
ce terrain... c'est lui qui a fait bâtir notre église... la
croix de ma mère lui a été donnée par Madame...
les bons arbres ne dégénèrent pas ! Vous serez bon
aussi, n'est-ce pas?... » Je dois vraisemblablement à ces
premières années l'esprit général de ma conduite.
Si j'ai montré des sentiments affectueux, même tendres, sans
trop de familiarité; si j'ai gardé en différentes
circonstances quelque élévation sans aucune hauteur, si j'aime,
si je respecte les vieilles gens, c'est à Chalais, c'est près
de ma grand'mère que j'ai puisé tous les bons sentiments
dont je voyais mes parents entourés dans cette province, et dont
ils jouissaient avec délices. Car il y a un héritage de sentiments
qui s'accroît de génération en génération.
Les nouvelles fortunes, les nouvelles illustrations ne pourront de longtemps
en connaître les douceurs . Les meilleurs d'entre eux protègent
trop. Faites dire par la maréchale Lefebvre à une noble
famille d'Alsace, pauvre et revenue de l'émigration: « Que
ferons-nous de notre fils aîné?... Dans quel régiment
placerons-nous son frère?... Avons-nous un bénéfice
en vue pour l'abbé?... Quand marierons-nous Henriette?... Je sais
un chapitre où nous devrions faire entrer la petite.... »
Elle voudra être bonne, elle sera ridicule. Un sentiment intérieur
repoussera sa bienveillance, et l'orgueil de la pauvreté jouira
même de ses refus. Mais j'oublie trop que je n'ai que huit ans; je
ne dois pas voir encore que les mœurs actuelles annoncent que cet héritage
de sentiments doit diminuer chaque jour.
J'appris à Chalais tout ce qu'on savait dans le pays quand
on était bien élevé; cela se bornait à lire,
à écrire et parler un peu le périgourdin. J’en était
là de mes études quand je dus repartir à Paris. Je
quittai ma grand’mère avec des larmes que sa tendresse me rendit.
Le coche de Bordeaux me ramena en dix-sept jours comme il m’avait amené…….
»
Bâti sur un promontoire qui domine la petite ville de Chalais, le château est imposant. L’accès à la cour d’honneur se fait par un pont-levis du XVIème siècle, un des rares encore en fonction en France. Le corps principal du logis d’architecture Renaissance, flanqué de pavillons en saillie, attire l’attention par sa façade austère très XVIIème siècle et par ses hauts toits d’ardoise, rares en Charente. Enfin une haute tour carrée du XIVème avec mâchicoulis domine la vallée.
Un dîner au restaurant gastronomique à l’intérieur du château même s’impose à ceux qui viennent à Chalais pour Talleyrand car ,outre la cuisine raffinée, le restaurateur et l’actuel cuisinier sont de bons connaisseurs du Prince, ce qui prolonge agréablement la soirée.
Avant de se coucher dans un l’un deux gîtes aménagés dans les dépendances du château, on s’extasie devant le spectacle du château illuminé avec l’impression d’être bien protégé, une fois le pont-levis relevé et la grande clef de la petite porte d’accès latérale en main.
![]()
Cet imposant château, bien restauré, se visite.
Renseignements sur http://www.chalais.net/
et sur le site de Charente.com
Le château de Grignols, tel qu’il nous est parvenu aujourd’hui jamais modifié, présente un intérêt historique non seulement au point de vue architectural et militaire du XIIIème siècle mais aussi à cause d’un système décoratif insoupçonné des premières années du XVIème siècle. La forteresse féodale primitive a été bâtie par Boson de Grignols dans la première partie du XIIIème siècle sur l’emplacement d’un château plus ancien. La seule modification apportée au XIVème siècle a été la construction, à l’entrée du château sur la deuxième enceinte, d’une tour dotée d’une porte ogivale.
Lorsque Hélie de Talleyrand reçut de son épouse le château et les terres de Chalais, le berceau de la famille cessa d’être la résidence principale au profit de Chalais et devint un lieu de séjour occasionnel ne subsistant plus qu’à l’état de forteresse. En 1376, le Maréchal de Sancerre s’empara du château et fit prisonnier Boson de Talleyrand qui dut faire sa soumission au roi de France. Ce fut le début de la brillante fortune de la famille de Talleyrand-Périgord dont plusieurs de ses membres tinrent une place de premier plan à la Cour. Vers 1495 à 1505, Jean de Talleyrand pris l’initiative de moderniser le château de ses ancêtres sans pour autant en atténuer la valeur militaire en ajoutant deux bâtiments distincts servant de lieux d’habitation et de réception. Chambellan des rois Charles VIII et Louis XII, il accueillit plusieurs fois la Reine Anne de Bretagne.
Après de nombreux sièges, cette forteresse fut anéantie par l’armée du prince de Condé en 1652 ; abandonnée pendant une longue période elle a fait partie des biens légués en 1883 par le prince de Chalais à l’hôpital qui le vendit par la suite. Il appartient depuis lors à des propriétaires privés qui le restaurent, le meublent et l’habitent. Les propriétaires actuels n’hésitent pas à le faire visiter lorsqu’ils sont présents en été. On peut alors admirer les douves, les remparts, les courtines , la barbacane et les chemins de ronde, le porche d’entrée, le donjon et un ensemble de sept salles avec leurs cheminées avec leur mobilier des XVet /XVIème siècles. »
Renseignements tirés principalement de la fiche sur le château fort de Grignols et d’une documentation obligeamment fournie par M. Mauên qui publie quelques cartes postales anciennes du village sur http://www.grignols24.com
Contacts téléphoniques. :
Les Talleyrand entreprennent des restaurations importantes mais semblent avoir cessé de l’habiter à la fin de l’Ancien Régime. En 1883 il fait partie de l’ensemble des biens légué par le prince de Chalais à l’Hôpital de Chalais qui le transforme en exploitation agricole. Enfin en 1963, le château est racheté restauré, remeublé et habité à nouveau .
Texte tiré de Notes d’Histoire de Georges Barrat, abrégées, pour la visite du château de Mareuil (1985) et du feuillet Historique du château de Mareuil. Documents aimablement communiqués par les Syndicats d’Initiative d’Excideuil et de Mareuil. 24340 Mareuil sur belle tel. 05 53 60 99 85
Après la mort de sa mère, Henri prit le titre de Roi de Navarre, mais pour faire face à tous ses besoins d'argent, il du aliéner certaines seigneuries du Vicomté. C'est ainsi que le 23 Mars 1582, devant un notaire poitevin, il céda, moyennant la somme de 150.000 livres, le château et la châtellenie d'Excideuil au Comte François des Cars. Devenu possesseur du château, le Comte des Cars transforma le sévère édifice militaire en une somptueuse résidence.
Le mariage de la fille de la Comtesse des Cars avec Daniel de Talleyrand, Prince de Chalais, et personnage très en faveur à la cour, permit à la terre d'Excideuil d'être érigée en marquisat en 1613. Malheureusement les Talleyrand, retenus à la cour par leurs charges, ne firent que de brèves apparitions au château d'Excideuil. Les plus belles pièces du mobilier, mais aussi les statues, les cheminées furent transférées dans leur demeure de Chalais .
Laissé sans soin, le château était déjà assez délabré bien avant la révolution. Longtemps abandonné, il renaît aujourd’hui, grâce aux efforts de l’actuel propriétaire pour la demeure principale et de la commune pour les partie communales qui se visitent.
D'après “Excideuil” de Jean de Beaugourdon et Jean Paul Laurent
-1954- © Éditions Graphica- Excideuil. Extraits publiés
grâce à l’obligeance du Syndicat
d'initiatives d'Excideuil.
Téléphone : 05 53 62 95 56
André Beau, Pierre Guimbretière, septembre
2002