Le Congrès de Vienne

"Pour que cela aille bien, il faut que chacun parte mécontent et ait dû faire des sacrifices. C'est de ces sacrifices partiels que doit naître l'accord de tous, le bien général." (Talleyrand)

 
  
  
  
  
  
   

Entrée dans Vienne du tsar Alexandre Ier et de Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse. Musée historique de la ville de Vienne.

Dessin anonyme

Lithographie de Franz Wolf, d'après J. N. Hoechle (coll. Arstetten)

Aquarelle de Mansfeld et Klein
L'arrivée du tsar Alexandre
et du roi de Prusse

Estampe anonyme (Archives de la Guerre - Vienne)

Gouache de Balthazar Wigand (Musée historique de la ville de Vienne)

Musée historique de la ville de Vienne
La grande parade du 18 octobre

Dessin anonyme - Musée Historique de la ville de Vienne.

Peinture de J. W. Mähler (Société des Amis de la Musique-Vienne)
Ludwig van Beethoven 
(vers 1815)

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Charles-Joseph prince de Ligne
(1735-1814)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Départ de la Hofburg. Dessin colorié anonyme.

Une luge utilisée pour la promenade

Lithographie de F. Ph. Reinhold (Collection Arstetten)
La promenade en luge des Souverains

 

Le calendrier du Congrès. 

Vienne a, à l'époque du Congrès, environ 230 000 habitants, ce qui en fait alors la troisième capitale d'Europe. Alexandre as imposé Vienne, en signe de remerciement des Alliés envers l'Autriche qui a, durant deux décennies, et au travers des coalitions changeantes, conduit la résistance à l'expansionnisme révolutionnaire et impérial de la France, pris une part active aux "guerres de libération" (que l'on songe au soulèvement du Tyrol en 1809).

Ce sera l'ambiance la plus brillante que Vienne, malgré deux occupations récentes (1805, 1809), une banqueroute récente (1812), et un empereur François détestant la pompe et les dépenses, va offrir aux participants, monarques, diplomates et représentants de la société. Mais il y va du rang de l'Autriche, et du prestige de la dynastie. Alors, les fêtes, réservées aux différents membres des conférences, comités et autres commissions, resteront longtemps dans les mémoires, en particulier des artistes peintres.

De plus, les membres de la noblesse d'Autriche, de Hongrie et de Bohême ont été invité à réintégré, plus tôt que les autres années, leurs demeures princières de Vienne, rehaussant de leur présence le prestige de l'Autriche.

18 septembre 1814. Début du congrès lors d’une séance plénière, réunissant les Quatre, Angleterre, Autriche, Prusse et Russie. (L'ouverture du Congrès avait en fait été prévue pour le 1er août, mais elle sera retardée au 1er novembre). Il est décidé que trois Comités vont s'occuper: des intérêts communs et de la politique étrangère en Europe (la France et l'Espagne vont être invités); des affaires allemandes (en font partie Autriche, Prusse, Hanovre, Bavière, Württemberg); enfin des affaires suisses.

Les Alliés auraient bien aimé mener seuls les discussions: Talleyrand s'y oppose, aidé en cela par les représentants de l'Espagne, du Portugal et de la Suède. C'est donc finalement un Comité des Huit qui va être l'organe principal du Congrès.

22 septembre 1814. Arrivée à Vienne des rois de Württemberg (Frédéric Ier) et du Danemark (Frédéric VI).

25 septembre 1814. L’empereur François, accompagné de son frère, l'archiduc Joseph, accueille, au pont de Thabor, le tsar Alexandre et le roi de Prusse Frédéric Guillaume III, et les accompagne jusqu'à la Hofburg

27 septembre. Arrivée à Vienne du roi de Bavière (Maximilien Ier Joseph).

18 octobre 1814. Grande parade militaire au Prater, pour célébrer l’anniversaire de la bataille de Leipzig.

Ce fut l'une des plus grandes fêtes du Congrès, organisée, dans l'esprit de l'empereur François, à remercier les soldats. Dès le matin, par un temps radieux, les spectateurs se sont pressés dans le Prater. Lorsque les monarques, l'empereur François Ier d'Autriche, le tsar Alexandre Ier de Russie et le roi François-Guillaume III de Prusse, apparaissent, les troupes forment un double carré, au centre duquel une tente est dressée. Une messe solennelle est dite. Les souverains prennent ensuite place non loin de la Lusthaus, et assistent à la parade militaire. Sur longues tables, autour de la Lusthaus et dans la prairie de Simmering, un repas , préparé sur place dans des cuisines roulantes, est servi à la garnison de Vienne. Le lieu de la fête est entouré, par sécurité, de filets de pêcheurs. Une immense pyramide, faite d'armes et de drapeaux, a également été érigée.

Cet évènement fut largement commenté et illustré et un grand nombre de tableaux et dessins traitant le sujet fut offert aux acheteurs (voir: le Congrès en images).

31 octobre 1814. Séance de travail des "Six" (La France et l’Espagne ont été conviées à se joindre aux discussions), le prince Metternich est élu président du Congrès, sur proposition de Talleyrand et avec l’accord de l’empereur François.

1 novembre 1814. Ouverture solennelle du Congrès.

23 novembre 1814. Carrousel impérial, à l'École Impériale d'Équitation (Hofreitschule). Après de longs préparatifs, cet évènement, qui met en jeu des moyens considérables, prend place dans le Manège d’hiver. Le clou de la fête est un combat simulé, dont les règles, cependant, interdisent les blessures. Pour cette occasion, l'archiduc Rodolphe avait commandé à Ludwig van Beethoven, une musique, qui a disparu, sans laisser d'autre trace que cette lettre:

"Je vois que Votre Altesse Impériale veut encore faire essayer les effets de ma musique même sur les chevaux. Soit, voyons si de la sorte les cavaliers pourront faire quelques culbutes adroites. Ha ! Ha! je ris de la façon qu'a Votre Altesse Impériale de penser à moi, même en cette occasion. Aussi serai-je ma vie durant, votre serviteur empressé.

NB. La musique de cheval demandée arrivera au plus grand galop chez Votre Altesse Impériale"

29 novembre 1814. Dans la salle des Redoutes, devant tous les monarques présents à Vienne et six mille spectateurs (!) Ludwig van Beethoven dirige un concert de ses oeuvres. Au programme, la Septième Symphonie, la Bataille de Vittoria ainsi que, en première audition, la cantate Der glorreiche Augenblick (le glorieux moment). Cette oeuvre vaudra au musicien, à la fin de la même année, le titre de "bourgeois honoraire de la ville de Vienne". Le concert est un triomphe.

13 décembre 1814. Le prince de Ligne s'éteint. Originaire d'une célèbre famille noble de Belgique, Charles-Joseph prince de Ligne était né en 1735, à Bruxelles. Il entre au service de l'Autriche en 1755, accompli, en qualité d'officier, de vaillantes campagnes  durant les guerres de cette période. Entré en diplomatie, sa sympathie pour les rebelles belges lui en ferme la porte.  Lors de l'annexion par la France en 1792, ses biens sont confisqués. Il va alors vivre assez pauvrement, ne s'occupant plus que d'art et de science. Il correspond alors avec Rousseau, Voltaire, Goethe, Frédérique II et la tsarine Catherine II. Cette dernière, pour améliorer sa situation, le fait feld-maréchal russe et lui fait cadeau d'une terre en Crimée. Le crépuscule de sa vie se déroule au moment du Congrès, dont il devient le "maître des plaisirs". "C'est une chose étrange qu'on voit ici, pour la première fois, le plaisir conquiert la paix" dit-il à son ami Talleyrand. Il était surnommé "le prince rose - der rosarote Prinz", en raison de son amour pour cette couleur: ses calèches, sa livrée, son papier à lettres et sa maison de la Mölker Bastei, à Vienne, étaient en rose ! Auteur du célèbre "Le congrès danse beaucoup, mais il ne marche pas" (Der Kongreß tanzt viel, aber er geht nicht weiter) le feldmarshal meurt dans sa 79ème année, après avoir dit "il manque encore une chose au Congrès: l'enterrement d'un feld-maréchal - je vais m'en occuper".

31 décembre 1814. Un incendie éclate, juste avant un bal que le tsar Alexandre voulait offrir aux délégations diplomatiques présentes au Congrès, dans le palais du prince Rasumofsky, ambassadeur de Russie, détruisant tous les bâtiments ainsi que les collections. François se rend à cheval sur les lieux du sinistre. Il apprend que le système de chauffage, ultra moderne, est sans doute à l'origine du désastre. "Voilà où mène le modernisme" dit-il, en gage de consolation !

1 janvier 1815. Ludwig van Beethoven dirige, devant les invités du Congrès, un orchestre de 1000 musiciens.

2 janvier 1815. Ludwig van Beethoven, décidément très actif, donne son dernier récital de pianiste, devant un parterre d'empereurs et de rois.

21 janvier 1815. Dans la cathédrale Saint-Étienne, cérémonie à la mémoire de Louis XVI. Le maître de chapelle de Talleyrand (qui a eu l'idée de cette célébration), Sigismond von Neukomm, élève de Joseph Haydn, compose un requiem; le testament du roi décapité est lu par le curé français de l'église Sainte-Anne

22 janvier 1815. Sortie en luge pour les congressistes.

Cette sortie avait été préparée de longue date par la Cour, mais avait du être plusieurs fois reportée en raison du mauvais temps. Un magnifique cortège, composé de 35 traîneaux de bois et d'or, aux banquettes de velours rouge à pompons dorés, escortés militairement, quitte, d'abord à petite allure, la Josefplatz, traversant la ville, pour ensuite prendre le galop en direction de Schönbrunn, où les attends un grand bal. Une fanfare ouvre la marche, le cortège est mené par le prince Trauttmanndorf, maître de cérémonie. Puis viennent l'empereur accompagnée de la tsarine, le tsar et la princesse Auersperg, le roi du Danemark et la grande duchesse de Weimar, le roi de Prusse et la comtesse Julie Zichy. La tsarine et les sœurs du tsar sont habillées d'hermine, de hautes toques de fourrure et portent des broches en brillants. Les hommes sont bien sûr en uniforme. Les chevaux, la tête ornée de plumes d'autruche, sont protégés du froid par des peaux de tigre

Ce cortège doit montrer la richesse de l'empire. Le spectacle attire certes de nombreux badaux, qui s'étaient déjà pressés, depuis le matin, pour admirer les luges. Mais des voix aussi s'élèvent, pour fustiger la dépense. L'impôt sur le revenue vient, le 1 janvier, d'être augmenté de 50%. Alors les viennois, toujours prêts à la boutade, appellent ces traîneaux, les "cinquante pour cent"

6 mars 1815. Le Congrès apprend le retour de Napoléon de l’île d’Elbe.

Dans la nuit précédente, les discussions s'étaient prolongées jusqu'à 3 heures du matin, et Metternich avait interdit qu'on le réveille. Pourtant, vers 6 heures, un serviteur viole la consigne. Il est porteur d'un message du consul d'Autriche à Vienne. Metternich met de coté la lettre, tente de se rendormir, finit par l'ouvrir. Elle rapporte qu'un navire anglais était entré dans le port de Gênes; sa mission était de savoir où se trouvait Napoléon, qui avait quitté Elbe.

"Nous étions à un bal chez Metternich, lorsqu'on nous apprit le débarquement de Napoléon à Cannes et ses premiers succès.(..) Ce fut comme si des milliers de bougies s'éteignaient soudainement... les valseurs s'interrompirent; l'orchestre  jouait dans le vide..." (de la Garde)

Pour le Congrès, le retour de Napoléon, et son rétablissement sur le trône de France sont intolérables: il est proscrit, dans une proclamation que l'empereur François a atténué, jugeant les termes proposés par Talleyrand trop brutaux.

8 juin 1815. Le Congrès adopte la fondation de la Confédération Germanique.

9 juin 1815. Signature de l’acte final du Congrès. C’est la fin officielle du Congrès.