L'arrivée du tsar
Alexandre
et du roi de Prusse
La grande parade du 18
octobre
Ludwig van Beethoven
(vers 1815)
Charles-Joseph prince
de Ligne
(1735-1814)
La promenade en luge des
Souverains
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Le calendrier du Congrès. Vienne
a, à l'époque du Congrès, environ 230 000 habitants,
ce qui en fait alors la troisième capitale d'Europe. Alexandre
as imposé Vienne, en signe de remerciement des Alliés
envers l'Autriche qui a, durant deux décennies, et au travers
des coalitions changeantes, conduit la résistance à l'expansionnisme
révolutionnaire et impérial de la France, pris une part
active aux "guerres de libération" (que l'on songe au soulèvement
du Tyrol en 1809).
Ce sera l'ambiance la plus brillante que Vienne, malgré deux
occupations récentes (1805, 1809), une banqueroute récente
(1812), et un empereur François détestant la pompe et
les dépenses, va offrir aux participants, monarques, diplomates
et représentants de la société. Mais il y va du
rang de l'Autriche, et du prestige de la dynastie. Alors, les fêtes,
réservées aux différents membres des conférences,
comités et autres commissions, resteront longtemps dans les mémoires,
en particulier des artistes peintres.
De plus, les membres de la noblesse d'Autriche, de Hongrie et de Bohême
ont été invité à réintégré,
plus tôt que les autres années, leurs demeures princières
de Vienne, rehaussant de leur présence le prestige de l'Autriche.
18 septembre 1814. Début du congrès lors d’une séance
plénière, réunissant les Quatre, Angleterre, Autriche,
Prusse et Russie. (L'ouverture du Congrès avait en fait été
prévue pour le 1er août, mais elle sera retardée
au 1er novembre). Il est décidé que trois Comités
vont s'occuper: des intérêts communs et de la politique
étrangère en Europe (la France et l'Espagne vont être
invités); des affaires allemandes (en font partie Autriche, Prusse,
Hanovre, Bavière, Württemberg); enfin des affaires suisses.
Les Alliés auraient bien aimé mener seuls les discussions:
Talleyrand s'y oppose, aidé en cela par les représentants
de l'Espagne, du Portugal et de la Suède. C'est donc finalement
un Comité des Huit qui va être l'organe principal du Congrès.
22 septembre 1814. Arrivée à Vienne des rois de Württemberg
(Frédéric Ier) et du Danemark (Frédéric
VI).
25 septembre 1814. L’empereur François, accompagné de
son frère, l'archiduc Joseph, accueille, au pont de Thabor, le
tsar Alexandre et le roi de Prusse Frédéric Guillaume
III, et les accompagne jusqu'à la Hofburg
27 septembre. Arrivée à Vienne du roi de Bavière
(Maximilien Ier Joseph).
18 octobre 1814. Grande parade militaire au Prater, pour célébrer
l’anniversaire de la bataille de Leipzig.
Ce fut l'une des plus grandes fêtes du Congrès, organisée,
dans l'esprit de l'empereur François, à remercier les
soldats. Dès le matin, par un temps radieux, les spectateurs
se sont pressés dans le Prater. Lorsque les monarques, l'empereur
François Ier d'Autriche, le tsar Alexandre Ier de Russie et le
roi François-Guillaume III de Prusse, apparaissent, les troupes
forment un double carré, au centre duquel une tente est dressée.
Une messe solennelle est dite. Les souverains prennent ensuite place
non loin de la Lusthaus, et assistent à la parade militaire.
Sur longues tables, autour de la Lusthaus et dans la prairie de Simmering,
un repas , préparé sur place dans des cuisines roulantes,
est servi à la garnison de Vienne. Le lieu de la fête est
entouré, par sécurité, de filets de pêcheurs.
Une immense pyramide, faite d'armes et de drapeaux, a également
été érigée.
Cet évènement fut largement commenté et illustré
et un grand nombre de tableaux et dessins traitant le sujet fut offert
aux acheteurs (voir: le Congrès en images).
31 octobre 1814. Séance de travail des "Six" (La France et l’Espagne
ont été conviées à se joindre aux discussions),
le prince Metternich est élu président du Congrès,
sur proposition de Talleyrand et avec l’accord de l’empereur François.
1 novembre 1814. Ouverture solennelle du Congrès.
23 novembre 1814. Carrousel impérial, à l'École
Impériale d'Équitation (Hofreitschule). Après de
longs préparatifs, cet évènement, qui met en jeu
des moyens considérables, prend place dans le Manège d’hiver.
Le clou de la fête est un combat simulé, dont les règles,
cependant, interdisent les blessures. Pour cette occasion, l'archiduc
Rodolphe avait commandé à Ludwig van Beethoven, une musique,
qui a disparu, sans laisser d'autre trace que cette lettre:
"Je vois que Votre Altesse Impériale veut encore faire essayer
les effets de ma musique même sur les chevaux. Soit, voyons si
de la sorte les cavaliers pourront faire quelques culbutes adroites.
Ha ! Ha! je ris de la façon qu'a Votre Altesse Impériale
de penser à moi, même en cette occasion. Aussi serai-je
ma vie durant, votre serviteur empressé.
NB. La musique de cheval demandée arrivera au plus grand
galop chez Votre Altesse Impériale"
29 novembre 1814. Dans la salle des Redoutes, devant tous les monarques
présents à Vienne et six mille spectateurs (!) Ludwig
van Beethoven dirige un concert de ses oeuvres. Au programme, la Septième
Symphonie, la Bataille de Vittoria ainsi que, en première
audition, la cantate Der glorreiche Augenblick (le glorieux moment).
Cette oeuvre vaudra au musicien, à la fin de la même année,
le titre de "bourgeois honoraire de la ville de Vienne". Le concert
est un triomphe.
13 décembre 1814. Le prince de Ligne s'éteint. Originaire
d'une célèbre famille noble de Belgique, Charles-Joseph
prince de Ligne était né en 1735, à Bruxelles.
Il entre au service de l'Autriche en 1755, accompli, en qualité
d'officier, de vaillantes campagnes durant les guerres de cette
période. Entré en diplomatie, sa sympathie pour les rebelles
belges lui en ferme la porte. Lors de l'annexion par la France
en 1792, ses biens sont confisqués. Il va alors vivre assez pauvrement,
ne s'occupant plus que d'art et de science. Il correspond alors avec
Rousseau, Voltaire, Goethe, Frédérique II et la tsarine
Catherine II. Cette dernière, pour améliorer sa situation,
le fait feld-maréchal russe et lui fait cadeau d'une terre en
Crimée. Le crépuscule de sa vie se déroule au moment
du Congrès, dont il devient le "maître des plaisirs". "C'est
une chose étrange qu'on voit ici, pour la première fois,
le plaisir conquiert la paix" dit-il à son ami Talleyrand. Il
était surnommé "le prince rose - der rosarote Prinz",
en raison de son amour pour cette couleur: ses calèches, sa livrée,
son papier à lettres et sa maison de la Mölker Bastei, à
Vienne, étaient en rose ! Auteur du célèbre "Le
congrès danse beaucoup, mais il ne marche pas" (Der Kongreß
tanzt viel, aber er geht nicht weiter) le feldmarshal meurt dans sa
79ème année, après avoir dit "il manque encore
une chose au Congrès: l'enterrement d'un feld-maréchal
- je vais m'en occuper".
31 décembre 1814. Un incendie éclate, juste avant un
bal que le tsar Alexandre voulait offrir aux délégations
diplomatiques présentes au Congrès, dans le palais du
prince Rasumofsky, ambassadeur de Russie, détruisant tous les
bâtiments ainsi que les collections. François se rend à
cheval sur les lieux du sinistre. Il apprend que le système de
chauffage, ultra moderne, est sans doute à l'origine du désastre.
"Voilà où mène le modernisme" dit-il, en
gage de consolation !
1 janvier 1815. Ludwig van Beethoven dirige, devant les invités
du Congrès, un orchestre de 1000 musiciens.
2 janvier 1815. Ludwig van Beethoven, décidément très
actif, donne son dernier récital de pianiste, devant un parterre
d'empereurs et de rois.
21 janvier 1815. Dans la cathédrale Saint-Étienne, cérémonie
à la mémoire de Louis XVI. Le maître de chapelle
de Talleyrand (qui a eu l'idée de cette célébration),
Sigismond von Neukomm, élève de Joseph Haydn, compose
un requiem; le testament du roi décapité est lu par le
curé français de l'église Sainte-Anne
22 janvier 1815. Sortie en luge pour les congressistes.
Cette sortie avait été préparée de longue
date par la Cour, mais avait du être plusieurs fois reportée
en raison du mauvais temps. Un magnifique cortège, composé
de 35 traîneaux de bois et d'or, aux banquettes de velours rouge
à pompons dorés, escortés militairement, quitte,
d'abord à petite allure, la Josefplatz, traversant la ville,
pour ensuite prendre le galop en direction de Schönbrunn, où
les attends un grand bal. Une fanfare ouvre la marche, le cortège
est mené par le prince Trauttmanndorf, maître de cérémonie.
Puis viennent l'empereur accompagnée de la tsarine, le tsar et
la princesse Auersperg, le roi du Danemark et la grande duchesse de
Weimar, le roi de Prusse et la comtesse Julie Zichy. La tsarine et les
sœurs du tsar sont habillées d'hermine, de hautes toques de fourrure
et portent des broches en brillants. Les hommes sont bien sûr
en uniforme. Les chevaux, la tête ornée de plumes d'autruche,
sont protégés du froid par des peaux de tigre
Ce cortège doit montrer la richesse de l'empire. Le spectacle
attire certes de nombreux badaux, qui s'étaient déjà
pressés, depuis le matin, pour admirer les luges. Mais des voix
aussi s'élèvent, pour fustiger la dépense. L'impôt
sur le revenue vient, le 1 janvier, d'être augmenté de
50%. Alors les viennois, toujours prêts à la boutade, appellent
ces traîneaux, les "cinquante pour cent"
6 mars 1815. Le Congrès apprend le retour de Napoléon
de l’île d’Elbe.
Dans la nuit précédente, les discussions s'étaient
prolongées jusqu'à 3 heures du matin, et Metternich avait
interdit qu'on le réveille. Pourtant, vers 6 heures, un serviteur
viole la consigne. Il est porteur d'un message du consul d'Autriche
à Vienne. Metternich met de coté la lettre, tente de se
rendormir, finit par l'ouvrir. Elle rapporte qu'un navire anglais était
entré dans le port de Gênes; sa mission était de
savoir où se trouvait Napoléon, qui avait quitté
Elbe.
"Nous étions à un bal chez Metternich, lorsqu'on nous
apprit le débarquement de Napoléon à Cannes et
ses premiers succès.(..) Ce fut comme si des milliers de bougies
s'éteignaient soudainement... les valseurs s'interrompirent;
l'orchestre jouait dans le vide..." (de la Garde)
Pour le Congrès, le retour de Napoléon, et son rétablissement
sur le trône de France sont intolérables: il est proscrit,
dans une proclamation que l'empereur François a atténué,
jugeant les termes proposés par Talleyrand trop brutaux.
8 juin 1815. Le Congrès adopte la fondation de la Confédération
Germanique.
9 juin 1815. Signature de l’acte final du Congrès. C’est la
fin officielle du Congrès. |