Jeanne de Courlande
duchesse d'Acerenza
Dorothée de Courlande
Wilhelmine de Courlande,
duchesse de Sagan
Pauline de Courlande,
princesse de
Hohenzollern_Hechingen
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La vie au quotidien
Les souverains, les diplomates, leurs
secrétariats, leur domesticité, leur cour, voilà
beaucoup de monde dans les rues de Vienne, sans parler de ceux qui,
aventuriers, escrocs, joueurs professionnels et jolies filles de haut
vol, sont venus chercher fortune dans cette ville déjà
cosmopolite par elle-même.
Il y a de quoi mettre la police de Vienne
sur les dents. Son directeur (le conseiller aulique Siber) est invité
à prendre les dispositions qui s'imposent:
"L'arrivée imminente des souverains
nous impose l'obligation de prendre des dispositions spéciales,
des mesures de surveillance renforcées et telles qu'on soit en
état de connaître journellement et dans tous les détails
ce qui a trait à leurs augustes personnes, à leur entourage
immédiat, à tous les individus qui chercheront à
les approcher, ainsi que les plans, projets, entreprises qui se rattacheront
à la présence de ces hôtes illustres.." (in:
Brion - cf. sources).
La Hofpolizei (dirigée par un nommé
Hager) n'est pas inactive, tant s'en faut. Et le plus intéressé
est sans nul doute l'empereur François lui-même, qui se
fait apporter tous les matins les rapports de la journée précédente.
Il peut ainsi suivre, parfois avec une curiosité enfantine, les
faits et gestes de ses invités. Il apprend ainsi que chaque matin,
Alexandre se fait livrer un bloc de glace, avec lequel il se lave la
figure et les mains. Ou que le grand-duc de Bade passe souvent ses nuits
chez les filles.
Cette police se fait aider par de nombreux
agents occasionnels. Et l'on recrute partout, dans tous les milieux,
comme en témoigne cette lettre de Hager:
"J'ai l'honneur de vous prier non seulement
d'apporter tous vos soins à tirer le plus grand parti possible
de vos relations et de vos moyens d'information, de façon à
me fournir tous les jours une ample moisson de nouvelles dont je ne
manquerai pas de vous indemniser en tenant compte du surcroît
de dépenses qui en résultera pour vous, mais encore de
vouloir bien m'indiquer les noms des personnes qui vous paraissent susceptibles
d'être employées dans les circonstances présentes
et pendant la durée du congrès, et qu'on pourrait amener
à s'entendre à ce propos avec moi." (idem)
On imagine même de faire appel aux
écrivains publics comme informateurs de la police:
"Afin de connaître dans le grand nombre
des étrangers ceux qui sont venus sans titres pour s'y immiscer,
on devrait créer, sous la direction de la police, des bureaux
d'écriture pour la commodité des étrangers, comme
il en existe à Paris et qui ont leurs échoppes près
des places publiques. On n'autorisera que l'ouverture de ceux de ces
bureaux qui seront dirigés par des affidés, lesquels ne
ne pourront prendre pour écrivains subalternes que des copistes
agréés par la police" (idem)
En fait, la police va trouver une étrange
coopération parmi les gens des délégations elles-mêmes,
chacun s'espionnant comme à plaisir:
"Ferdinand Palffy fait partie de la police secrète,
la comtesse Esterhazy-Roisin et Mlle Chapuis sont des espions de la
vieille princesse Metternich, qui les renseigne et les inspire. Le prince
Kaunitz, François Palffy, Frédéric Fürstenberg,
Ferdinand Palffy s'étaient offerts pour faire le service auprès
des souverains présents à Vienne; on a décliné
leurs offres. Jamais il n'y a eu à Vienne un pareil servie d'espionnage"
La ville est peuplée d'innombrables agents
secrets qui se cachent sous l'uniforme de secrétaires ou la livrée
de domestiques. On tend l'oreille, on fouille les corbeilles, à
la recherche du moindre papier égaré qui pourrait être
d'importance. Et, bien avant nos modernes media, il arrive que la population
soit informée de ce qui s'était décidé avant
que les gouvernements intéressés n'en ait la nouvelle
officielle !
Mais les diplomates avisés se défendent.
Chez Talleyrand, "la maison n'est rien moins qu'une espèce
de place forte, dans laquelle il tient garnison avec les seuls individus
dont il se croit sûr". Chez les anglais, "il est inutile
de chercher à prendre connaissance de ce qui se trouve dans la
caisse que Lord Castlereagh garde dans son bureau".
De façon plus frivole, l'empereur François
prend plaisir à connaître les surnoms que les malicieux
Viennois attribuent aux personnages qui peuplent leur ville, des adresses
fictives. Au roi de Wurtemberg, aussi gros que débauché,
Fleischmarkt (le marché aux viandes); à l'impécunieux
roi du Danemark, im Elend (dans la misère),au roi de Prusse,
Windmühle (le moulin à vent), à Alexandre,
aux visites galantes nombreuses, im süssen Loch (l'agréable
petit trou !).
Ces mêmes grands du monde, reçoivent
des surnoms. Alexandre devient "tout lui plaît", ou "il aime pour
tous"; le roi de Prusse, "il pense pour tous"; le roi du Danemark, "il
parle pour tous"; le roi de Bavière, "il boit pour tous"; la
grande duchesse d'Oldenbourg, "elle aime tout"; sans oublier l'empereur
François lui-même: "il paie pour tous" !
Les femmes, les grandes dames, n'échappent
pas à l'humour des viennois. La princesse Auersperg (née
Lobkowitz) est "la beauté sentimentale", la comtesse Julie
Zichy, "la beauté céleste", la comtesse Sophie
Zichy, "la beauté triviale", la princesse Maria-Theresia
Esterhazy, "la beauté étonnante", la comtesse Caroline
Széchenyi, "la beauté coquette", la comtesse Gabriele
Saurau, "la beauté du diable".
Le petit peuple de Vienne ne tire bénéfice
de tout ce tumulte que la fierté (pour autant qu'elle existe)
d'habiter dans une ville qui a été choisie pour abriter
un évènement si important. Pour le reste, les prix augmentent,
tant la demande dépasse de loin l'offre, et ne s'enrichissent
que ceux qui sont assez habiles, ou déjà fortunés.
De sorte que le déséquilibre entre les classes sociales
ne fera que s'accentuer. |