Talleyrand "La soie de l'esprit français"
Son tempérament est celui d'un homme d'action et de désir, ayant une grande énergie, un besoin inconscient de s'extravertir, de poser sa marque sur le monde et de le conquérir. Cependant le modelé plus "moelleux", enrobant la mandibule et qu'il cache toujours soigneusement par ses cravates montantes, comme la bouche douce dans sa jeunesse montre que ce tempérament n'est pas forcément actualisé (le séminaire n'est pas une école militaire!). Quelque chose se laisse aller, se laisse porter, les douceurs vont être plus importantes que l'effort, il va se laisser faire par ce qui apporte du plaisir, ceux de la table en particulier qui lui donneront plus tard de la corpulence, sans jamais être importante.
Mais il ne faut pas oublier que les besoins profonds, sont d'avancer, de gagner, d'être le premier avec une certaine endurance, un besoin d'être celui qui prend les initiatives qui sait fait preuve d'audace et se confronte à des défis sans cesse renouvelés. L'aventure l'excite.
Son tempérament dynamique à la base lui apporte aussi une grande ouverture et un besoin intense d'exploration de l'inconnu, vu comme une opportunité. Le monde de son enfance ayant disparu, il explorera celui qui émerge avec intérêt, reniflant les bonnes occasions comme le bon chasseur qu'il aurait pu être.
On remarque aussi une grande ambition (1). Ambition de prendre du pouvoir sur les choses et les gens, d'élargir son territoire d'action, comme composante de son besoin d'acquisivité.
Le besoin d'action est retenu par les circonstances et un peu d'indolence physique, il garde cependant un désir permanent de progresser, de se mesurer aux autres, puis à lui-même.
Cet audacieux arriviste, compte sur sa réactivité et son intelligence pour parvenir au devant de la scène. Mais, un élément juvénile de son caractère (2) montre le besoin d'être pris en charge, une dépendance qu'il va essayer de contenir et de maitriser par l'intelligence et un masque social qu'il va créer, jouer et peaufiner toute sa vie. Mais s'il n'arrivera jamais, sans doute, à compenser une émotion de fragilité et de dépendance (les éléments physiques auraient alors évolué parallèlement) il saura les camoufler. Cela génère aussi certainement un grand besoin de sécurité, une peur de manquer, d'être abandonné qui va renforcer des éléments de la personnalité qui, sans cette "faiblesse" seraient incompréhensibles.
La volonté va se développer (3) comme s'il se disait :" je veux arriver à mes fins, je vais y mettre le temps et les moyens qu'il faut, alors que profondément je pense que cela m'est dû". Nous rencontrons un second paradoxe : sa volonté de parvenir à ses fins proviendrait d'un sentiment enfantin que tout lui est dû, ce qui crée la tension opiniâtre de l'obtenir (4), mais pour ce faire il devra apprendre à se discipliner, se retenir, développer volonté et endurance. Et l'homme va apprendre à se contenir alors que la souffrance du mal aimé l'entrainerait à se répandre.
C'est étonnant comment son tempérament inconscient lui donne une grande capacité d'affrontement et le caractère développé (5) lui donne au contraire une impassibilité de résistance à l'agression, un flegme qu'il saura montrer dans les circonstances les plus difficiles. Il ne cède pas en profondeur, mais plie et rompt comme en escrime pour obtenir, par d'autres moyens que l'affrontement, son objectif. Du coup, il considérait certainement comme un manque de classe et de savoir-faire la brutalité de l'affrontement, alors que profondément il la ressentait comme sienne et devait souvent piaffer d’en découdre, aussitôt se désespérer de ne pouvoir jamais y parvenir frontalement, et retourner cette tension intérieure en son contraire (« ils sont trop vert … et bons pour des goujats ». Le conflit ouvert devenait alors un échec de sa capacité à susciter la connivence. Tous ces beaux officiers belliqueux qu'il côtoyait devaient provoquer chez lui un mélange de fascination envieuse et de dédain.
Comme le caractère se discipline au fur et à mesure que sa bouche s'affermit, il va apprendre à gérer son énergie, son stress et ses avoirs. Il faudra développer les vertus de la régularité. En apprenant à se connaître, il saura se procurer les plaisirs qui le motivent, tout en préservant sa santé pour accomplir beaucoup plus de travail qu'il n'affectait d'en faire (aristocratie oblige). Le visage du jouisseur impertinent va devenir le masque froid de l'homme qui se contient en toutes circonstances.